Le 23 août, HYPE a inscrit un plus haut historique à 83,27 $. Il s'échange aujourd'hui autour de 81 $, en hausse d'environ 36 % sur sept jours, pour une capitalisation d'à peu près 18 milliards de dollars — soit une dixième place au classement général.
Pendant ce temps, le bitcoin, dont on parlait dans un autre fil, reste environ 37 % sous son record d'octobre 2025.
Un actif qui fait un plus haut historique quand le leader du secteur est encore en pleine correction, c'est rare, et ça mérite qu'on regarde pourquoi. Ce message n'est pas une recommandation : c'est une tentative de comprendre ce qui est valorisé, et à quel prix.
1. Ce qu'est Hyperliquid
Une blockchain de niveau 1 construite entièrement autour d'une bourse de contrats perpétuels on-chain. Deux choix techniques la distinguent :
- Un carnet d'ordres central (CLOB), et non un teneur de marché automatisé comme la plupart des protocoles DeFi. Autrement dit, une architecture proche de celle d'une bourse traditionnelle, portée on-chain.
- Une exécution rapide, suffisamment pour que l'expérience se rapproche de celle d'une plateforme centralisée — ce qui compte énormément sur des dérivés, où la latence et la profondeur de carnet sont déterminantes.
2. Les chiffres, et leurs contradictions
Attention ici : selon les sources, les mêmes métriques varient du simple au double. Je donne les fourchettes plutôt qu'un chiffre unique, et je vous invite à faire pareil quand vous les citez.
- Volume 30 jours sur les perpétuels : entre 170 et 245 milliards de dollars selon la source et la période retenue.
- Part de marché sur les DEX de perpétuels : entre 36 % et 80 %. L'écart s'explique par les définitions du volume et par la question, non tranchée, du wash trading chez certains concurrents. Traitez toute part de marché « on-chain » avec prudence.
- Intérêt ouvert : environ 9 milliards de dollars, soit près de 60 % de l'intérêt ouvert de toute la catégorie — une métrique nettement plus difficile à gonfler artificiellement que le volume, et donc plus fiable.
- Avance sur le concurrent suivant : environ 4 fois, face à Aster.
3. La question de valorisation, honnêtement posée
C'est là que ça devient intéressant pour un forum comme celui-ci, parce que contrairement à la plupart des jetons, HYPE repose sur des revenus réels et mesurables.
Le protocole génèrerait de l'ordre de 420 à 600 millions de dollars de commissions annualisées. À partir de là, tout dépend du multiple que vous choisissez :
- Sur la capitalisation en circulation (18 Md$) : environ 30 à 40 fois les revenus.
- Sur la capitalisation totalement diluée (77 Md$) : plus de 130 fois.
Et voilà le vrai sujet, qui n'a rien de crypto : seulement 220 millions de jetons circulent sur un maximum d'un milliard. Soit 22 % de l'offre. Les 78 % restants arriveront selon un calendrier d'émission pluriannuel.
Autrement dit, à revenus constants, il faut que la valorisation absorbe une multiplication par 4,5 de l'offre. C'est exactement le même problème qu'une société qui aurait quatre fois plus d'actions à émettre : ce n'est pas rédhibitoire, mais ça doit figurer dans le calcul, et la quasi-totalité des analyses que vous lirez utilisent la capitalisation en circulation sans mentionner ce point.
4. Ce qui alimente le mouvement en 2026
- Un ETF. Bitwise a lancé début 2026 un ETF adossé à HYPE (BHYP), avec la particularité d'affecter 10 % des frais de gestion au rachat et à la détention de jetons.
- L'élargissement au-delà de la crypto. Les mécanismes HIP-3 permettent le déploiement de marchés par des tiers, et HIP-4 ouvre sur des marchés de prédiction. Des perpétuels synthétiques sur la valorisation pré-introduction de SpaceX et sur NVDA ont été lancés — c'est-à-dire du dérivé sur actions non cotées, accessible sans intermédiaire.
- Des rachats de jetons financés par les commissions, via un fonds dédié.
Le risque principal n'est pas technique. Il est de gouvernance, et il y a un cas d'école.
L'affaire JELLY, 26 mars 2025. Un intervenant ouvre des positions longues sur trois comptes et un short volontairement sur-levier sur JELLYJELLY, un memecoin très peu liquide, puis pousse le prix au comptant de plus de 400 % en une heure. Le short est liquidé, et le moteur de liquidation transfère la position perdante au coffre de liquidité HLP — celui qui sert de contrepartie de dernier ressort et où des utilisateurs déposent leurs fonds pour toucher un rendement.
Les pertes latentes du coffre atteignent, selon les sources, entre 700 000 et 13,5 millions de dollars. En quelques minutes, les validateurs votent la radiation du contrat et le règlement forcé de toutes les positions ouvertes à 0,0095 $ — c'est-à-dire au prix d'avant la manipulation, très en dessous du prix de marché du moment. Le quorum est atteint sans une seule voix dissidente. L'attaque échoue, le coffre termine en léger profit.
L'intervention a fonctionné. Mais elle démontre quelque chose d'important : un petit groupe de validateurs peut annuler un résultat de marché en quelques minutes. Si vous êtes du mauvais côté d'un tel vote, votre position est dénouée au prix qu'ils choisissent, pas au prix du marché.
À l'époque, la fondation contrôlait environ 81 % des HYPE mis en jeu, ce qui a nourri les critiques sur la décentralisation affichée. Le protocole a depuis introduit un vote de radiation entièrement on-chain, resserré les limites de position et les paramètres de risque sur les petits marchés, et ajouté un seuil de déclenchement automatique du désendettement. Un épisode comparable sur POPCAT plus tard en 2025 a rejoué la même mécanique : du risque concentré sur un carnet trop mince pour l'absorber.
Trois autres points à garder en tête :
- Le coffre HLP n'est pas un placement passif. Y déposer, c'est participer activement à l'activité de tenue de marché et de liquidation. En régime normal, le rendement est attractif. En cas d'attaque ciblée, c'est ce coffre qui encaisse.
- Le levier disponible est très supérieur à ce qu'un particulier européen peut obtenir chez un courtier régulé.
- La liquidité varie énormément selon le marché. Profonde sur BTC et ETH, très mince sur les marchés exotiques — et c'est précisément là que les incidents se produisent.
À ne pas éluder. Il s'agit de contrats perpétuels à effet de levier, accessibles sans intermédiaire agréé.
En février 2026, l'ESMA a publié un rappel à destination des entreprises sur leurs obligations au titre des mesures d'intervention applicables aux CFD, précisément face à la multiplication des offres de dérivés à levier de type « perpetual futures ». Le régulateur européen a donc explicitement identifié ce segment.
Concrètement, pour vous :
- Aucune protection contre le solde négatif garantie par la réglementation européenne, aucun plafonnement du levier, aucune clôture réglementaire à 50 % de la marge.
- Aucun recours auprès de l'AMF, aucun médiateur, aucun fonds de garantie.
- Sur le plan fiscal, les gains relèvent du régime des actifs numériques : formulaire 2086, report en 3AN ou 3BN sur la 2042-C. Et si vous détenez des actifs sur une plateforme établie à l'étranger, la déclaration 3916-bis s'impose.
Hyperliquid est probablement l'un des rares projets du secteur dont on peut discuter avec des outils d'analyse financière classiques : il a des revenus, des parts de marché, un compte de résultat implicite et une structure de capital.
C'est aussi ce qui rend l'exercice piégeux. Le fait qu'on puisse calculer un multiple de revenus ne dit rien sur le fait que ce multiple soit justifié — et le calendrier de dilution est le point que je vois le plus systématiquement omis dans les analyses enthousiastes.
Trois questions pour la discussion :
- Ceux qui utilisent la plateforme : que valez-vous en termes d'exécution et de profondeur réelle par rapport à un courtier régulé ?
- Quelqu'un a-t-il déposé dans le coffre HLP, et avec quel rendement net sur douze mois ?
- Sur la valorisation : capitalisation en circulation ou totalement diluée — vous raisonnez avec laquelle, et pourquoi ?

