La réponse courte, selon ce que vous faites
- Investir en actions sur le long terme : somme positive. Tout le monde peut gagner en même temps, parce que les entreprises créent de la richesse.
- Chercher à battre le marché : somme nulle avant frais, négative après. La surperformance des uns est la sous-performance des autres.
- Trading court terme sur actions : quasiment somme nulle, car la création de richesse est négligeable à l'échelle d'une séance. Négative après frais.
- Produits dérivés (futures, options, CFD, Forex, turbos) : somme nulle par construction, négative après frais.
1. Les actions : un gâteau qui grossit
Une action n'est pas un pari sur un cours, c'est une part d'entreprise. L'entreprise dégage des bénéfices qui reviennent aux actionnaires, soit en cash (dividendes, rachats d'actions), soit en étant réinvestis pour la faire grandir. Cette richesse ne sort de la poche d'aucun autre investisseur : elle vient de l'activité économique elle-même. Tous ceux qui détiennent une part du gâteau peuvent donc s'enrichir en même temps.
Et ce n'est pas de la richesse « sur le papier » : en 2025, les sociétés du CAC 40 ont versé plus de 107 milliards d'euros à leurs actionnaires (72,8 Md€ de dividendes et 34,8 Md€ de rachats d'actions). Sur longue période, depuis 1900, les actions ont battu les obligations, le monétaire et l'inflation dans les 21 pays qui disposent d'un historique continu. Un dollar placé en actions américaines en 1900 valait près de 125 000 dollars fin 2025, quand les prix n'ont été multipliés « que » par 38.
Un exemple : Marie achète une action 30 € et la revend 50 € à Paul. Dix ans plus tard, l'entreprise a doublé ses bénéfices, l'action vaut 100 € et Paul a touché des dividendes entre-temps. Marie a gagné, Paul a gagné, personne n'a perdu. Marie a seulement raté la suite de la hausse : c'est un manque à gagner, pas une perte.
Trois nuances importantes :
- C'est une moyenne sur longue période, pas une garantie. Sur une période donnée, tout le monde peut perdre en même temps (2000-2003, 2008). Le Nikkei a mis 34 ans à retrouver son record de 1989, le CAC 40 plus de 20 ans pour dépasser celui de 2000 (hors dividendes).
- Le marché gagne, pas chaque action. Aux États-Unis, 4 actions sur 7 cotées depuis 1926 ont fait moins bien que les bons du Trésor à un mois sur leur durée de vie, et 4 % des sociétés expliquent à elles seules tout l'enrichissement net du marché (étude Bessembinder). D'où l'intérêt de diversifier.
- Toute hausse n'est pas de la création de richesse. Quand les cours montent seulement parce que les investisseurs acceptent de payer plus cher le même bénéfice (hausse des PER), le vendeur encaisse, mais l'acheteur devra se contenter de rendements futurs plus faibles. Cette partie de la performance est une avance prise sur l'avenir, pas un enrichissement collectif.
2. Battre le marché : un jeu à somme nulle
Le marché, c'est la somme de tous ceux qui le détiennent. S'il fait +10 % sur un an, l'ensemble de ses actionnaires fait exactement +10 % en moyenne pondérée, avant frais. Si certains font +20 %, d'autres font forcément moins de +10 %.
C'est « l'arithmétique de la gestion active » décrite par William Sharpe, prix Nobel d'économie : avant frais, la performance relative est un jeu à somme nulle, donc après frais, l'investisseur actif moyen fait moins bien que le marché. Pas par incompétence, par simple arithmétique. Fin 2025, 98 % des fonds actions France avaient d'ailleurs fait moins bien que leur indice sur 10 ans (SPIVA Europe). Et ce sont des professionnels.
Ça ne contredit pas la partie 1 : un gérant qui sous-performe peut très bien gagner de l'argent, simplement moins que le marché. En absolu, la somme est positive. En relatif, elle est nulle.
3. Le trading court terme : la création de richesse devient invisible
Avec un rendement moyen des actions de l'ordre de 7 à 8 % par an, la hausse « normale » du CAC 40 sur une séance se compte en quelques points, du même ordre de grandeur que les frais d'un aller-retour, alors que l'indice varie couramment de plusieurs dizaines de points dans la journée.
Pour un day trader, le gâteau ne grossit donc pas pendant la partie : ce qu'il gagne est, pour l'essentiel, perdu par un autre participant, et les frais sont prélevés à chaque transaction. En pratique, c'est un jeu à somme négative.
4. Les produits dérivés : somme nulle par construction
Un future, une option, un CFD, une position sur le Forex ou un turbo ne sont pas des parts d'entreprise mais des contrats entre deux parties. Le contrat ne crée aucune richesse : il répartit entre l'acheteur et le vendeur les variations du sous-jacent. Si l'acheteur d'un future DAX gagne 1 000 €, le vendeur perd exactement 1 000 €. Somme nulle au sens strict, somme négative une fois déduits les spreads, commissions et frais de financement.
Sur un CFD, la contrepartie est en général le broker lui-même : soit il couvre votre position sur le marché, soit il la garde en interne, et dans ce cas votre perte est directement son gain. Sur un turbo, c'est l'émetteur, qui se couvre et prend sa marge. Sur le Forex, une devise ne monte jamais que contre une autre qui baisse.
L'AMF a mesuré le résultat : sur 14 799 particuliers actifs sur le Forex et les CFD entre 2009 et 2012, 89 % ont perdu de l'argent, avec un résultat moyen de -10 887 € par client. Les perdants ont perdu environ 175 millions d'euros, les gagnants n'en ont gagné que 13,8 millions : la différence est partie chez les intermédiaires et les contreparties. Et plus un client passait d'ordres, plus sa perte était lourde. Même constat au Brésil : parmi les particuliers ayant day-tradé les futures sur indice pendant plus de 300 séances, 97 % ont perdu de l'argent et à peine 1,1 % ont gagné plus que le salaire minimum local.
Ce n'est pas un hasard si les brokers CFD doivent afficher en permanence le pourcentage de comptes particuliers perdants.
5. Alors, comment certains traders gagnent-ils ?
Somme nulle ne veut pas dire que personne ne gagne : ça veut dire que les gains des uns sont payés par les autres. La vraie question à se poser avant chaque trade est donc : qui est en face, et pourquoi me laisserait-il gagner ?
En face, on trouve :
- Des traders moins préparés ou moins disciplinés, qui perdent ce que les meilleurs gagnent.
- Des acteurs qui ne cherchent pas à gagner sur le contrat mais à se couvrir : une compagnie aérienne sur son carburant, un exportateur sur ses dollars, un gérant qui achète des puts pour protéger son portefeuille. Ils paient une assurance, et le spéculateur d'en face est rémunéré pour porter ce risque, avec les mêmes sinistres possibles qu'un assureur.
- Des acteurs pressés ou contraints : un fonds indiciel qui rééquilibre à date fixe, un investisseur qui doit vendre pour récupérer du cash, un trader liquidé par un appel de marge.
L'adage du poker repris par Warren Buffett résume tout : si après une demi-heure à table vous ne savez pas qui est le pigeon, c'est que c'est vous. Dans un jeu à somme négative, avoir un avantage ne suffit pas. Il faut un avantage supérieur aux frais, face à des adversaires qui comptent des professionnels, des algorithmes et des teneurs de marché.
Le critère à retenir
Pour n'importe quel actif, posez-vous une question : est-ce qu'il produit quelque chose ? Un actif qui génère des revenus (une entreprise, un immeuble, une obligation) peut enrichir tous ses détenteurs en même temps. Un contrat entre deux parties ne le peut pas : il ne fait que déplacer l'argent de l'un à l'autre.
Pour l'investisseur, l'adversaire principal, ce sont donc les frais et ses propres erreurs de comportement. Pour le trader, c'est celui qui est en face.
Sources : AMF (étude 2014 sur le Forex et les CFD), S&P Dow Jones Indices (SPIVA Europe, fin 2025), UBS Global Investment Returns Yearbook 2026, Lettre Vernimmen (distributions du CAC 40 en 2025), H. Bessembinder, « Do Stocks Outperform Treasury Bills? » (2018), F. Chague, R. De-Losso et B. Giovannetti, « Day Trading for a Living? » (2020), W. F. Sharpe, « The Arithmetic of Active Management » (1991).

