Formateurs, analystes, "traders" publics : pourquoi le niveau moyen est aussi bas, et comment trier

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Modérateur : Administrateurs

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JosephTot

Formateurs, analystes, "traders" publics : pourquoi le niveau moyen est aussi bas, et comment trier

#1 Message par JosephTot »

L'objectif ici n'est pas de dénoncer des personnes. C'est de décrire les mécanismes structurels qui font que, dans ce secteur plus que dans d'autres, la sélection remonte les mauvais et enterre les bons — et d'en tirer une grille de tri utilisable.


1. La sélection ne récompense pas la compétence, elle récompense l'assurance

C'est le mécanisme central, et il est documenté bien au-delà de la finance.

Philip Tetlock a suivi pendant vingt ans des centaines d'experts produisant des milliers de prédictions vérifiables. Un de ses résultats les plus cités : les experts les plus présents médiatiquement étaient les moins bien calibrés. Non pas parce que la télévision rend bête, mais parce que le média sélectionne ce qui retient l'attention — une thèse tranchée, un scénario spectaculaire, une conviction affichée — et que ces qualités sont négativement corrélées à l'exactitude.

Appliqué au trading, cela donne un filtre implacable. Quelqu'un qui a réellement compris le sujet dira « je pense que, avec une probabilité modérée, sur cet horizon, sauf si ». Quelqu'un qui n'a rien compris dira « le CAC va aller chercher les 8 200 ». La deuxième phrase fait dix fois plus de vues que la première. À force, l'algorithme ne remonte plus que la deuxième.

Ce n'est donc pas que les charlatans sont majoritaires dans le métier. C'est qu'ils sont majoritaires parmi les visibles. La différence est essentielle.


2. Le silence des compétents n'est pas un mystère

Deuxième mécanisme, complémentaire : ceux qui réussissent réellement n'ont presque aucune raison de parler.
  • Leur temps a une valeur d'opportunité élevée. Produire trois vidéos par semaine coûte des heures qu'ils préfèrent consacrer à leur activité.
  • Publier leurs positions et leur méthode n'a pour eux que des inconvénients : dégradation potentielle de l'avantage, exposition, obligations réglementaires, procès d'intention permanent.
  • Et surtout, la visibilité ne leur rapporte rien qu'ils n'aient déjà.
Résultat : le paysage informationnel n'est pas simplement biaisé, il est structurellement inversé. Ceux qui parlent le plus sont ceux qui ont le plus besoin de parler, et ce besoin vient rarement du fait que leur trading suffit à les faire vivre.

C'est le biais du survivant en sens inverse : on ne voit pas seulement les gagnants, on voit ceux pour qui parler est plus rentable que faire.


3. L'économie du secteur explique presque tout

Comparez froidement deux modèles économiques.

Trader avec son propre capital : espérance incertaine, revenus volatils, drawdowns, aucune garantie, et — selon les données réglementaires — une probabilité d'échec élevée.

Vendre de la formation, des signaux ou de l'audience : revenus récurrents, marge élevée, coût marginal quasi nul, aucun capital à risquer, et surtout aucune vérification externe de la qualité du produit.

Un acteur rationnel migre du premier modèle vers le second. Ce n'est pas de la malhonnêteté, c'est de l'arbitrage. Et ce qui rend le phénomène massif, c'est le troisième point : dans presque aucun autre secteur on ne peut vendre une expertise sans que personne ne puisse en mesurer le résultat.

Cela dit, il faut être honnête sur les limites de cet argument. Le « si ça marchait, pourquoi le vendre » n'est pas une preuve. Il existe des raisons légitimes d'enseigner : la capacité d'une stratégie est parfois limitée par le capital disponible, l'enseignement est un revenu décorrélé qui a sa valeur propre, et un bon professeur de mathématiques n'est pas nécessairement un grand mathématicien.

L'argument devient accablant seulement quand il se combine à l'absence de track record vérifiable. C'est cette combinaison qui doit alerter, pas la vente en elle-même.


4. Le vrai problème : rien n'est vérifiable, et tout le monde le sait

C'est le cœur du sujet.

Dans un métier normal, la performance finit par se voir. Ici, non — et les artefacts de preuve qui circulent sont tous falsifiables :
  • Les captures d'écran ne prouvent rien. Compte démo, compte réel non identifié, montage, ou simplement sélection de la bonne journée.
  • Les plateformes de suivi de performance sont contournables : on affiche le compte qui a bien marché, on masque les autres, on relie et délie les comptes à volonté.
  • La stratégie des comptes multiples. Ouvrez dix comptes, tradez-les différemment, publiez le meilleur. Sur dix comptes, l'un aura forcément une courbe magnifique — c'est de la statistique élémentaire, et c'est indétectable de l'extérieur.
  • Les analyses non datées ou effacées. Un compte qui supprime ses appels ratés affiche mécaniquement un taux de réussite parfait.
  • Les prédictions à double détente du type « si ça casse 7 800 on monte, sinon on redescend ». Ce n'est pas une analyse, c'est une description du fonctionnement d'un graphique. Elle ne peut jamais être fausse, donc elle n'a aucune valeur informationnelle.
Ajoutez à cela la statistique de base : compte tenu de ce que montrent les études de l'AMF et des régulateurs européens sur les résultats réels des particuliers, une rentabilité régulière et durable est un événement rare. Une affirmation extraordinaire exige une preuve extraordinaire — et une capture d'écran n'en est pas une.


5. Le cadre réglementaire : une barrière beaucoup plus basse qu'on ne l'imagine

Point factuel important, et mal connu.

En France, plusieurs activités sont régulées : conseiller en investissement financier suppose une immatriculation à l'ORIAS et l'adhésion à une association agréée par l'AMF, la gestion de portefeuille et la réception-transmission d'ordres relèvent d'agréments spécifiques.

Mais les titres d'« analyste », de « formateur » ou de « trader » ne sont, eux, protégés par rien. N'importe qui peut les porter. La faille exploitée par une grande partie du secteur est là : tant qu'on affirme « faire de la pédagogie » et non « donner un conseil personnalisé », on reste hors du champ du statut réglementé.

Le cadre s'est néanmoins durci depuis quelques années :
  • La loi du 9 juin 2023 sur l'influence commerciale, ajustée fin 2024 pour se conformer au droit européen, puis complétée par un décret de novembre 2025 entré en vigueur le 1er janvier 2026. Les sanctions vont jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende, portées à sept ans dans les cas aggravés.
  • L'interdiction de promouvoir les contrats financiers à haut risque visés à l'article L.533-12-7 du Code monétaire et financier, héritée de la loi Sapin 2 de 2016. Sur les crypto-actifs, seuls les prestataires enregistrés ou agréés peuvent être promus.
  • L'obligation d'afficher la mention « publicité » ou « collaboration commerciale ».
  • Un certificat de l'influence responsable créé en 2023 par l'ARPP avec l'AMF, doté d'un module spécifique aux produits financiers, mis à jour en 2025 pour intégrer le règlement MiCA. Environ une centaine de créateurs sont certifiés.
Et la surveillance produit des effets : l'AMF suit environ 150 influenceurs dépassant 10 000 abonnés, dont une trentaine font l'objet d'une attention particulière, et une vingtaine ont été sommés sur deux ans de cesser la promotion d'acteurs non autorisés en France.

À retenir tout de même : être certifié atteste qu'on connaît les règles, pas qu'on sait trader. C'est utile, ce n'est pas un label de compétence en marchés — et je le dis en étant moi-même titulaire de cette certification.


6. Tous ne sont pas des charlatans, et l'amalgame est paresseux

Il faut le dire, parce que le cynisme intégral est aussi une forme de paresse.

Plusieurs catégories de gens parlent publiquement de marchés en toute légitimité :
  • Les pédagogues. Expliquer ce qu'est un spread, une option, une prime de risque ne suppose pas d'être rentable soi-même. On n'exige pas d'un professeur d'économie qu'il soit milliardaire.
  • Les analystes de maison. Leur métier est de produire un commentaire de marché documenté, pas de faire de la performance. Confondre les deux métiers est une erreur fréquente, y compris de leur part parfois.
  • Les professionnels qui partagent une méthodologie en étant explicites sur ce qu'ils font et ne font pas.
  • Les journalistes et chercheurs, qui n'ont jamais prétendu à autre chose.
La ligne de partage n'est donc pas « gagne-t-il de l'argent en trading ». Elle est ailleurs, et elle tient en deux questions : ce qu'il affirme est-il proportionné à ce qu'il peut prouver, et ses incitations sont-elles visibles ?

Se tromper n'est pas être un charlatan. Affirmer sans preuve, effacer ses erreurs et masquer sa rémunération, oui.


7. La grille de tri, en dix points
  • Qui le paie, et comment ? Affiliation, rémunération au dépôt, au volume, à l'ouverture de compte, commissions sur formation, apport à une prop firm. Un intervenant rémunéré au volume tradé par son audience a un conflit d'intérêts structurel, qu'il soit honnête ou non. Cette information doit être trouvable en trente secondes ; si elle ne l'est pas, c'est déjà une réponse.
  • Publie-t-il ses pertes ? Le critère le plus discriminant de tous, et le plus simple à vérifier. Remontez son fil sur six mois. Si vous ne trouvez que des gains, ce n'est pas un bon trader, c'est un mauvais archiviste.
  • Quel échantillon, quelle période ? Quarante trades ne prouvent rien. Une méthode qui n'a connu que 2023-2025 n'a jamais été testée dans un vrai régime adverse.
  • Ses appels sont-ils datés, horodatés, falsifiables ? Une prévision qui ne peut pas être fausse n'est pas une prévision.
  • Parle-t-il de dimensionnement, de frais et de risque de ruine, ou uniquement de points d'entrée ? C'est mon meilleur indicateur personnel. Les débutants parlent de signaux d'entrée, les gens sérieux parlent de taille de position, de coûts et de survie. Le sujet est moins vendeur, ce qui explique sa rareté.
  • Exprime-t-il de l'incertitude ? Une personne qui n'a jamais dit « je ne sais pas » sur un sujet dominé par l'incertitude vous informe surtout sur elle-même.
  • Vend-il de l'urgence ? Places limitées, offre jusqu'à dimanche, dernier appel. L'urgence est un outil de conversion, jamais un argument financier.
  • Que promet-il exactement ? Un revenu, une liberté, un montant mensuel ? Ce sont des promesses de résultat sur une activité à résultat incertain. Une formation sérieuse promet des compétences, pas des gains.
  • Est-il inscrit quelque part ? Vérifiable gratuitement : le registre de l'ORIAS, la liste des acteurs autorisés et la liste noire de l'AMF. Cela ne garantit pas la compétence, mais l'absence sur les listes noires est un minimum.
  • Accepte-t-il la contradiction ? Posez une question technique précise et publique. La réponse — argumentée, évasive, ou blocage — vous en apprendra plus que trois heures de contenu.

8. Une réserve, pour finir, et elle vaut aussi pour moi

Deux tentations symétriques guettent ce genre de discussion.

La première est le procès d'intention généralisé, qui permet de disqualifier tout le monde sans jamais avoir à évaluer quoi que ce soit sur le fond. C'est confortable et stérile.

La seconde est plus subtile : celui qui dénonce les charlatans se place implicitement du bon côté. C'est une posture, et elle est vendeuse elle aussi. Le discours « tous des vendeurs de rêve, moi je vous dis la vérité » est devenu un créneau commercial à part entière.

La seule sortie honnête est de s'appliquer la grille à soi-même. Pour ma part : je suis rémunéré par des partenariats commerciaux, cette information est publique, je ne vends pas de signaux, je ne promets aucun résultat, et les analyses que je publie restent en ligne, y compris quand elles se sont révélées fausses. Voilà ce sur quoi je considère qu'on peut me juger — et si quelqu'un ici estime que je manque à l'un de ces points, le fil est ouvert pour le dire.


Pour ouvrir le fil

Ma question principale, sans citer de noms — je préfère qu'on parle de méthodes que de personnes : quel est le signal qui vous a le plus rapidement permis d'identifier un intervenant peu sérieux ? Le mien est le refus systématique de parler de taille de position.

Et pour ceux qui ont acheté une formation : avec le recul, qu'est-ce qui aurait dû vous alerter avant de payer, et que vous n'avez pas vu ?

Message de discussion à visée pédagogique. Il ne vise aucune personne ni aucune société en particulier et décrit des mécanismes généraux du secteur. Les éléments réglementaires cités correspondent au droit applicable à la date de rédaction et sont susceptibles d'évoluer. Ce message ne constitue pas un conseil en investissement.

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